dimanche 17 novembre 2013

Mon nom est Oakkar (à prononcer 'okar' mais sans faire la liaison s'il vous plaît !)


Il y a environ un mois, j’ai fait la connaissance d’un jeune Birman via un ami commun.
Il s’est présenté à moi comme ‘Patrick’. Devant mon étonnement face à ce prénom occidental, il m’explique qu’il a étudié à Singapour et qu’il était tout naturel pour lui de prendre un nom occidental.

Sur ce, il me demande « Et toi, quel est ton nom birman ? ».  « Mon nom birman ? euuuuuh….. »
Pour Patrick, il allait de soi que si, je comptais rester au Myanmar pendant quatre ans, j’aie un nom birman.

L’idée me plut immédiatement. Mais comment choisir ce prénom ? La plupart des Birmans semblent avoir plusieurs noms, que l’on ne peut identifier comme un nom associé à un prénom.

Traditionnellement, les Birmans choisissent le nom de leurs enfants en fonction du jour de leur naissance. A chaque jour de la semaine sont en effet associées certaines lettres de l’alphabet. Ainsi, chaque Birman sait quel jour de la semaine il est né (vous le savez, vous ?) et il est facile de savoir quel jour est né quelqu’un que vous rencontrez.

Par exemple, les personnes nées un lundi auront souvent pour prénom Kyaw, Khin, Kyin ou Kyi (‘Ky’ se prononce ‘Tch’) ; les personnes nées un mardi s’appelleront Sann, Su, Soe, Nyi, Nyein ou Zaw ; les personnes nées un mercredi s’appelleront Shwe (qui signifie ‘Or’, comme le métal), Li, Win, Hla, … ; les personnes nées un jeudi recevront le prénom Maung, Myint, Myo, et ainsi de suite.

Les noms birmans seront donc composés d’une combinaison de ces prénoms. Une fille née un jeudi s‘appellera par exemple Myint Myint Sann parce que le jeudi et le mardi sont des jours compatibles.

Outre ce système lié au jour de la naissance, de nombreux Birmans consulteront un astrologue au moment de ‘baptiser’ un enfant. Le sage les aidera, en fonction du moment exact de la naissance de l’enfant, à choisir le nom le plus favorable et prometteur pour celui-ci.

Selon ce système, le nom des parents n’a aucune influence sur celui des enfants. Un monsieur Myo Myint Aung pourra choisir d’appeler son fils Aung Win et sa fille Myint Aye Phyo pour faire référence à l’un de ses propres prénoms mais rien ne l’y oblige. Cela peut bien sûr avoir des désagréments dans la mesure où cette absence de nom de famille rend difficile l’établissement des liens familiaux si on ne connait pas l’arbre généalogique de la personne. Jusqu’il y a peu les Birmans étaient assez sédentaires et on pouvait déterminer l’identité complète de la personne en parlant par exemple de « Aye Chaw Thant Thant, la fille de monsieur Win Win Aung et madame Kay Khine Myint, du quartier Kamayut ». Cela est bien sûr moins évident aujourd’hui à l’heure de la mobilité accrue.

Lorsque des Birmans complètent un formulaire administratif, il est courant qu’on leur y demande d’indiquer le nom de leurs grands-parents, parents, oncles, tantes, frères et sœurs. Les étrangers établis ici ont ainsi parfois la surprise de se voir demander les noms de tous leurs parents, ne comprenant pas la nécessité de le faire dans la mesure où tout le monde a bien sûr le même nom de famille…

Comme la liste des prénoms couramment utilisés est relativement courte, il sera courant dans une grande entreprise par exemple d’avoir plusieurs Kyaw Maung ou plusieurs Aung Win. Dans certains cas, on leur attribue donc un numéro pour se retrouver dénommé ‘Kyaw Maung 4’ sur les lieux de son travail par exemple…

Une difficulté supplémentaire qui se pose avec l’ouverture du pays au monde, c’est que les formulaires d’enregistrement (pensez par exemple à votre adresse e-mail, à votre demande de carte Visa, etc.) prévoit systématiquement une case pour le prénom et une autre pour le nom. Choix cornélien pour Monsieur Soe Moe Htet au moment de compléter les cases prévues…

Mais revenons à  mon cas… Comment choisir mon prénom ? Patrick avait la solution. « C’est simple, va voir l’astrologue Saya San Zarni Bo. Il te dira quel est ton prénom birman ! ».

Rendez-vous fut donc pris.

En discutant avec des amis birmans, il apparut rapidement que l’astrologue en question est une sommité et qu’il a même sa propre émission de télévision.

Le jour venu (il y a des horaires prévus spécialement pour les étrangers…), je me rends donc chez le maître (‘Saya’ veut dire ‘maître’ ou ‘professeur’). Je ne connais pas du tout le quartier et, ne disposant que d’une adresse assez vague, je m’en étais inquiété auprès d’une amie.
« Pas d’inquiétude à avoir m’avait-elle répondu, le chauffeur de taxi connaîtra. » Et il en fut ainsi. Quand je donne l’adresse au taxi, celui-ci me décoche un grand sourire et me répond « Saya San Zarni Bo ! ».

Alors qu’en Occident, consulter un voyant ou un astrologue suscite généralement ricanement ou atterrement, cela semble tout à fait naturel et normal ici.

Le taxi me dépose devant la demeure du maître. Une maison ce qu’il y a de plus classique dans une rue comme il en existe des centaines à Yangon. 

Les affaires du maître semblent prospérer. Plusieurs personnes sont assises à l’entrée de la maison, semblant attendre leur tour.

Il est 14 heures, j’ai rendez-vous à 14h30. A peine arrivé, une employée très amène vient m’accueillir et m’invite à m’asseoir au petit bureau installé dans un coin sombre de la réception. Tandis que je m’assois, une dame occidentale, la cinquantaine, sort d’une pièce adjacente et semble éviter mon regard, peut-être de peur que je la reconnaisse.

La jeune femme qui m’a accueilli me demande d’inscrire mon nom et ma date de naissance sur une grande feuille de papier. Je la vois ensuite ouvrir un gros livre (grimoire ?) reprenant le calendrier des dernières décennies. Je sais ce qu’elle va y chercher et lui annonce fièrement « Je suis né un dimanche ». Elle sourit légèrement sans lever la tête vers moi, vérifie quand même son recueil pour me confirmer cela en ajoutant « Good… Very good ».

Cela est donc de bon augure pour moi ! Elle me demande alors de lui présenter la paume de mes mains qu’elle enduit généreusement d’encre noire au moyen d’un petit rouleau qui me chatouille les doigts. Elle prend ensuite mes mains, les retourne et les presse contre la grande feuille de papier buvard sur lequel mon nom est inscrit. Elle me réprimande gentiment quand je montre trop d’entrain à appuyer, me demandant de la laisser faire et de ne pas exercer de pression sur le papier. Elle me désigne ensuite du doigt le petit lavabo installé dans la sorte d’antichambre extérieure que j’ai traversée en arrivant. C’est entouré d’orchidées multicolores que je me frotte les mains avec le savon et le morceau de tissu râpeux laissés là à cette intention.

De retour devant mon interlocutrice, je m’aperçois qu’elle a tracé plusieurs lignes entre les empreintes de mes paumes et qu’elle a inscrit divers chiffres, lettre et symboles.


Elle me demande de patienter et disparaît derrière la porte par où était apparue la quinquagénaire gênée. Elle en revient quelques minutes plus tard, il n’est pas encore 14h30, et m’invite à pénétrer dans l’antre du maître…

Celui-ci, ventripotent, le crâne luisant comme une boule de billard, m’accueille chaleureusement avec un franc sourire et une bonhomie qui inspire immédiatement la sympathie malgré son œil blanc qui me déconcerte un peu au moment où s’engage notre conversation.

Je panique un instant en me rendant compte que je n’ai préparé aucune question ! Que lui répondre s’il me demande « Que puis-je pour vous ? » 
Cela ne sera pas nécessaire. A brûle pourpoint, il me demande « Comment dois-je vous appeler ? ».
Ouf…. « Justement, m’entends-je lui répondre, j’aimerais que vous m’aidiez à connaître mon nom birman ! ».
« Vous vous appelez Oakkar », me répond-il tout de go.
« Comment ? » (je n’ai jamais entendu ce nom auparavant !).
« Oakkar », me répète-t-il en m’épelant ce nom.
« Mais, je pensais qu’étant né un dimanche, mon nom devait commencer par la lettre ‘A’ ».
« En effet, mais voici comment cela s’écrit en birman (il me l’écrit sur un morceau de papier). Cette lettre, peu utilisée en birman (c’est certainement pour cela qu’on ne nous l’a pas encore enseignée au cours de birman !) se retranscrit par un ‘A’ quand on romanise le birman. »



Je me refrène de lui demander pourquoi alors ‘Oakkar’ avec un ‘O’ et accepte mon nouveau nom qui, Saya San Zarni Bo me l’assure est un très beau nom, peu courant que mes amis birmans adoreront. Il évoquerait une étoile filante ou une comète…

Une fois cette révélation accomplie, mon baptême birman est rapidement évacué pour faire place à la soudaine logorrhée du maître.

Sans que je pose la moindre question, ce dernier se lance en effet dans un marathon de paroles comme s’il craignait de ne pouvoir exprimer verbalement la marée d’informations qui s’abat sur lui et qu’il lui faut absolument extérioriser dans un flot ininterrompu.

Me voilà donc en vrac informé des périodes de ma vie future qui seront favorables au développement de nouvelles activités - dates précisées années par années -, des mois de naissance des gens avec qui je m’entendrai le mieux et dont je pourrai faire des partenaires en affaires et en amour (ne voit-il pas que je porte une alliance ?), des jours de la semaine à privilégier pour de prochains voyages, des pays qui me seront bénéfiques et où j’ai intérêt de m’installer, des pierres et des couleurs qui me correspondent, etc. etc.

Le flux continu de divulgations est tel que je n’ai pas le temps ni la place pour tout noter sur le morceau de papier que j’ai trouvé dans mon portefeuille (je suis décidemment venu bien mal préparé à ce rendez-vous).

Son monologue terminé, il vient alors de parler pendant vingt bonnes minutes sans jamais reprendre son souffle, il relève la tête et de son unique œil me cloue sur ma chaise d’un « Que voulez-vous savoir de plus ? ».
Euuuuh… Encore étourdi par tout ce qui vient de m’être administré, je ne trouve absolument rien à demander. De peur de vexer le sage, je jette subrepticement un coup d’œil furtif aux notes que j’ai prises et lui demande de préciser quelques dates que je n’ai pas eu le temps de noter.
« Tout se trouvera sur le CD » me répond-il d’un air agacé.

Le CD ? J’avais remarqué que Saya San Zarni Bo tenait quelque chose dans sa main durant tout son monologue, il s’avère que c’était un mini enregistreur et que c’est ça qu’il venait de donner à son assistante, passée en coup de vent il y a quelques minutes. Tout le soliloque sera donc gravé sur CD…

Pour faire bonne figure, je pose une ou deux questions, demandant plus de précisions quant à des informations qu’il vient de me donner. Il faut apparemment que je surveille mes reins, surtout dans ma 48ème et ma 52ème année. A part ça, pas trop de problèmes et je devrai vivre jusqu’à 86 ou 87 ans… Je me demande s’il y a des voyants qui prédisent une mort prématurée à leurs clients mais n’ose évidemment pas lui demander si cela a déjà été son cas…

Quelques civilités sont échangées jusqu’à ce que l’assistante du maître revienne avec en main le CD qui vient d’être gravé. Je la remercie en me levant, remercie le maître devant lequel je m’incline respectueusement et sors de la pièce où toute ma vie à venir vient de m’être détaillée…

Détail cocasse, le lendemain, je croise le chemin du chauffeur de taxi qui m’avait emmené chez Saya San Zarni Bo. Celui-ci me reconnaît et me demande « Saya San Zarni Bo ? ». Je lui réponds d’un pouce levé que toutes les prédictions sont positives, ce qui le fait rire…

Cette rencontre a eu lieu il y a un peu moins d’un mois maintenant. Je n’ai jamais écouté le CD ni même relu mes notes. Je vais le faire de ce pas…

jeudi 7 novembre 2013

"Birmanie ou Myanmar ? Le vrai faux débat francophone"

 

Ci-dessous, un article reçu de l'ambassade de France. Il répond à des questions que l'on m'a posées, peut-être vous intéressera-t-il... J'ai bien aimé les petites querelles franco-anglaises qui apparaissent en filigrane de l'article.

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En 1989, le gouvernement militaire décida de rebaptiser le pays en modifiant le nom anglais jusqu’alors utilisé : Burma devint Myanmar. D’autres noms de lieux ont connu une évolution comparable : Rangoon est devenu Yangon ; Moulmein, Mawlamyine ; Irrawaddy, Ayeyarwady ; et Maymyo, Pyin Oo Lwin ; etc.

Cette « birmanisation » poursuivait un triple objectif :
-  rompre définitivement le lien psychologique avec le passé colonial ;
-  inscrire le régime dans la continuité historique du « pays des premiers habitants », signification vernaculaire du terme Myanmar ;
-  affirmer indirectement la diversité de la nation, le terme Myanmar étant censé représenter une entité plus large que celle désignée par le mot Burma, formé par les Britanniques à partir du terme Bamar, désignant l’ethnie majoritaire.

Cette réforme n’a rien changé pour les Birmans eux-mêmes qui désignaient déjà en birman leur pays sous le terme Myanmar. Nombre d’ethnies qui coexistent en Birmanie disposent toutefois de termes propres pour désigner une entité nationale à laquelle leur culture et donc leur langue ne les rattachent pas nécessairement. Ainsi la plupart des minorités ethniques ne s’est pas reconnue dans le terme Myanmar, tant pour des raisons historiques liées au rôle jadis dévolu à certaines d’entre elles par les colons britanniques que pour des raisons politiques.

C’est précisément autour de lignes politiques que s’est cristallisée à partir de 1989 la fracture entre ceux qui utilisent le nom Myanmar et ceux qui ont revendiqué le maintien du terme Burma en signe d’opposition au gouvernement. Même si le régime birman a changé depuis 2011, et si le camp des « pro-Burma » tend à s’effriter dans le monde anglo-saxon, l’utilisation du terme Burma reste l’apanage des opposants historiques à l’instar de la Ligue Nationale pour la Démocratie (L.N.D.) et d’un certain nombre d’associations militantes étrangères ou birmanes en exil.

Ce débat terminologique a conduit à des clivages caricaturaux dont le compromis retenu par l’Union Européenne - qui désigne le pays dans tous ses documents officiels en anglais sous le terme de Burma/Myanmar - illustre à la fois la complexité et la relativité.

Devenu idéologique, ce débat doit toutefois être replacé dans son contexte linguistique. Seul l’anglais est concerné. La réforme de 1989, qui ne concernait pas le birman, ne s’appliquait pas non plus aux autres langues étrangères. Elle n’avait ni la vocation ni l’ambition de procéder à une « birmanisation » universelle du nom du pays, aspiration qui eut été au demeurant irréaliste. Si certaines langues comme le japonais qui utilisait traditionnellement le terme ビルマ ont introduit une traduction phonétique du mot Myanmar (ミャンマー), la plupart continue à utiliser les termes d’origine à l’instar du chinois (缅甸) ou du russe (Бирма).

C’est également le cas du français. Contrairement à ce que pensent certains, le fait de parler de la Birmanie n’est ni une prise de position idéologique, ni une méconnaissance des usages locaux, et encore moins un manque de respect à l’égard du gouvernement ou du peuple birman. Il s’agit simplement du reflet d’une constante dans la langue française qui veut que l’utilisation d’un mot d’origine étrangère - en l’occurrence Myanmar- ne s’établisse dans la durée qu’au terme d’un usage aussi large que régulier résultant d’un équilibre entre la phonétique, la pratique et la logique, étape qui n’a pas encore été franchie par le mot Myanmar comme l’illustre par exemple l’absence de dérivés. Ainsi nul n’a jamais entendu parler des « Myanmarais » pour désigner les habitants du pays. (De fait, parler du Myanmar pour désigner le pays, mais des Birmans pour qualifier ses habitants, n’est pas sans poser problème, surtout si l’on se réfère à l’étymologie de chacun de ces termes...)

La Commission générale de terminologie et de néologie, organisme français dont la vocation est de favoriser l’utilisation de la langue française, et de participer au développement de la francophonie, a consacré l’usage du terme Birmanie, ce qui a été accepté sans aucune difficulté par les autorités birmanes. L’Ambassadeur de France est ainsi accrédité auprès de la République de l’Union de Birmanie, et tous les documents officiels bilingues -français-birman-, notamment les accords inter-gouvernementaux, utilisent dans leur version française le terme Birmanie.

Le terme Myanmar n’en reste pas moins utilisé par certains Français lorsqu’ils parlent dans notre langue. C’est notamment le cas de la communauté française installée dans le pays de longue date habituée à la mixité linguistique liée à la coexistence de l’anglais et du birman. Plus récemment, c’est également le cas des milieux d’affaires, plus enclins à utiliser l’anglais que le français comme langue de travail. Même si elle n’est pas conforme à la pratique officielle et à l’usage francophone –le terme Myanmar est un anglicisme en français – cette pratique est parfaitement admissible. En revanche, elle ne peut en aucun cas être considérée comme un « positionnement politique » qui n’a pas lieu d’être en français, et encore moins comme une prescription.

En résumé, si les deux termes –Birmanie et Myanmar- sont admissibles dans la langue courante, et ceci sans aucune connotation, seul le terme Birmanie appartient à la langue française, au même titre d’ailleurs que le nom Rangoun, par opposition à Yangon qui ne relève, pas plus que Rangoon, du registre francophone.

A l’heure où de plus en plus de Français s’installent en Birmanie, on ne peut que souhaiter que le plus grand nombre apprennent le birman, opportunément enseigné, et ceci avec succès, à l’Institut Français de Birmanie (I.F.B.). Quant à la promotion de la francophonie qui demeure un défi dans un pays comme la Birmanie, l’Ambassade ne peut qu’inviter tous ceux qui sont sensibles à cette cause à y contribuer.

Si renoncer à l’utilisation française du terme Myanmar, qui entrera peut être un jour dans les usages francophones, serait ridicule car elle correspond déjà à une réalité, marginaliser le terme Birmanie serait tout aussi condamnable car totalement infondé. Chacun est bien évidemment libre de choisir sa pratique, mais tous se doivent de le faire en connaissance de cause. Quant aux polémiques anglophones, notre langue n’a pas vocation à y contribuer, ce qui n’empêche pas la diplomatie française de se faire entendre en anglais lorsque cela est nécessaire, mais ceci est un autre débat…

publié le 30 octobre 2013

mardi 5 novembre 2013

Excursion de l'autre côté du fleuve...


On a tendance à l’oublier mais Yangon est entourée d’eau.

Le week-end dernier, nous avons décidé avec quelques amis d’aller voir ce qui se passait de l’autre côté. Un ferry relie le centre-ville historique de Yangon à Dalah, petit village situé sur l’autre rive. Un quart d’heure suffit pour arriver de l’autre côté, dans un autre monde…

C’est en effet la campagne et la vie de village qui se déroulent juste de l’autre côté de ce bras de l’Irrawaddy.

A peine débarqués, nous avons loué les typiques motos asiatiques et nous sommes élancés vers Twante, située à une trentaine de kilomètres de là.

Un reportage photos vient d’être publié sur la page publique Facebook liée à ce blog…


mercredi 30 octobre 2013

Taung Kalat : des esprits ... et des singes (suite de 'Visite au Mont Popa, la demeure des nats')



La nuit aura été particulièrement reposante dans cette chambre à l’odeur de bois et à la fraîcheur bienvenue.



C'est donc tôt le matin que j'emprunte le petit sentier aménagé au milieu de la forêt tropicale qui recouvre les flancs du Mont Popa pour me rendre au pied du Taung Kalat. La descente ne prend qu’une bonne demi-heure mais est freinée par l’attention de chaque instant que je dois porter aux toiles d’araignées qui barrent le chemin. Ces toiles pratiquement invisibles ne sont repérables que grâce aux araignées qui veillent en leur centre. Très vite je ramasse un bâton que je brandis en étendard devant moi pour m’assurer de ne pas me retrouver avec une de ces dames aux corps fuselé et aux longues jambes effilées au milieu du visage.

Le sentier débouche bientôt sur la route menant au village. Il est facile de se guider tant la cheminée volcanique est visible de partout ici. Une activité typique règne dans le village qui s’agglutine au pied du Taung Kalat : échoppes de fruits, gargotes, marchands ambulants, ‘tea shops’ où les hommes prennent leur petit-déjeuner, magasins proposant toutes sortes d’articles destinés à être déposés en offrande, etc. etc.



J’arrive bientôt à la base de la protubérance volcanique où est située l’école du village. C’est alors que j’aperçois, courant sur les faîtes des bâtiments, non pas des garnements, eux sont bien sagement dans la cour de récréation, mais d’agiles petits singes. On m’avait parlé des macaques qui vivaient à Mount Popa mais je pensais qu’il faudrait un œil averti et une longue planque pour espérer apercevoir furtivement une ombre se déplacer dans les feuillages. Les quelques primates batifolant sur le toit de l’école n’étaient en fait que les premiers d’une longue série de représentants de ce petit peuple ici chez lui sur ce promontoire rocheux.


 




Une cour de récréation bien encombrée...



Cherchez l'intrus !


Ma première visite est pour la galerie des nats. Comme je l’ai expliqué dans un billet précédent (voir http://cedricenbirmanie.blogspot.com/2013/09/visite-au-mont-popa-la-demeure-des-nats.html ) , Mount Popa est considéré comme le lieu de résidence de nombreux nats et, bien que le bouddhisme ait supplanté le culte des nats, c’est surtout en tant que lieu de pèlerinage dédié aux nats que Mount Popa est révéré.

L’un des nats les plus honorés ici est Mae Wunna, dont le nom birman complet signifie "l’ogresse mangeuse de fleurs" (le nom ‘popa’ viendrait du mot sanskrit signifiant fleur). Mae Wunna vivait au Mont Popa et tomba un jour amoureuse de Byatta qui travaillait au service du roi Anawratha (celui-là même qui introduisit le bouddhisme en Birmanie). Byatta, sorte de super-héros aux pouvoirs extraordinaires, avait pour mission de cueillir des plantes et des fleurs pour le roi. Il faisait donc chaque jour l’aller-retour entre Bagan et le Mont Popa (distants d’une cinquantaine de kilomètres). Amoureux de Mae Wunna lui aussi, ses excursions prenaient de plus en plus de temps… Parfois, il lui arrivait même d’oublier de rentrer au palais. De la liaison de Mae Wunna et Byatta naquirent deux fils.

Le roi, qui désapprouvait la relation de son serviteur le fit exécuter et fit emmener ses deux fils à son palais. Mae Wunna en mourut de chagrin et devint, tout comme Byatta, un nat. Les deux fils grandirent et devinrent, à l’instar de leur père, des héros au service du roi. Ils périrent eux-aussi suite à leur désobéissance causée par leurs espiègleries et facéties d’adolescents turbulents. Eux aussi devinrent de puissants nats aujourd’hui vénérés.

Mae Wunna entourée de ses deux fils
Des offrandes leur sont faites
Les histoires de nats abondent, souvent violentes, parfois assez sordides, mais de temps en temps aussi mignonnes et paisibles. Ainsi, le nat qui porte le nom de ‘la petite dame à la flute’ est la gardienne et la compagne de jeux des enfants. A ce titre, c’est elle qui fait sourire les bébés et les enfants dans leur sommeil…  

Après avoir présenté mes hommages aux nats, j’entreprends l’ascension de la colonne volcanique, empruntant pour ce faire les 777 marches qui conduisent au sommet.

Partout, des singes batifolent autour des pèlerins et sautent d’un toit à l’autre, d’une marche à l’autre en frôlant parfois les visiteurs. Fâcheusement, les primates ne sont pas éduqués et leurs déjections jonchent les escaliers foulés par les nombreux pieds déchaussés (endroit religieux oblige) …


Heureusement, toute une troupe de sentinelles veillent au grain et nettoient sans arrêt (pourboires acceptés de bon cœur) les marches crottées.

Leur tâche ne s’arrête toutefois pas là. Ils sont en effet investis de la protection des visiteurs en s’assurant que les singes ne deviennent pas trop remuants ou tapageurs. C’est ainsi que j’assiste à plusieurs reprises à la véritable débandade d’un petit groupe de ces primates devenus trop agités qui, à la seule apparition de l’arme secrète que porte chacun des nettoyeurs, déguerpissent sans demander leur reste.

Un lance-pierre gardé à portée de main a en effet un impact immédiat sur la petite ménagerie qui disparaît dès le surgissement de l’engin qui doit avoir plus d’une fois infligé de cuisants souvenirs aux fesses des macaques trop téméraires…





J’ai tout de même vu un singe s’emparer du châle d’une dame qui, ne se laissant pas démonter, alla le rechercher en détournant l’attention du petit chenapan grâce à des friandises… Cela n’était-il pas l’objectif du singe dès le départ ?

L’ascension du Taung Kalat est moins difficile qu’elle n’en a l’air vue d’en bas. Les volées d’escaliers sont entrecoupées de nombreux petits temples et autres lieux de recueillement qui incitent à la flânerie et le petit plus apporté par les facéties des singes font vite oublier le dénivelé parcouru. La vue sur la plaine adjacente n’est pas négligeable non plus.


Scène de famille



Les escaliers abrités par un toit en tôle


Lui non plus n'est pas insensible au paysage


A mon retour en bas de la colonne, je retrouve les singes de l’école tandis que les enfants sortent de classe sans même leur jeter un regard. Imaginez l’effet qu’aurait eu une clique de singes sur les murs de votre école quand vous aviez huit ans ! ;-)



Alors que je remonte la rue, j’entends des cris derrière moi. Une femme qui venait d’acheter des fruits s’est fait chaparder son sac en plastique, prestement emporté par un singe. Le butin est rapidement partagé avec le reste du gang sous les rires des passants et de la malheureuse qui doivent pourtant avoir assisté à ce genre de scène des dizaines de fois…


Les gredins, fiers du méfait accompli, leur butin vite englouti.

Mais il en faut plus pour le démonter celui-là...



mardi 29 octobre 2013

Comment j'ai fait les poussières avec Catherine Deneuve...


Les plus fidèles lecteurs parmi vous se souviendront des difficultés rencontrées pour trouver un logement à Yangon. J’avais, il y a quelques mois, fait le deuil de mes rêves d’exotisme et m’étais résolu à arrêter de m’imaginer en Catherine Deneuve dans ‘Indochine’, prenant la pose sur la terrasse en teck d’une maison coloniale surplombant le Mékong (voir les articles http://cedricenbirmanie.blogspot.com/2013/06/catherine-ou-es-tu.html

La chasse a finalement porté ses fruits et, après avoir visité nombre de maisons et appartements, nous avons enfin trouvé l’appartement qui répond à nos critères (en matière de situation géographique, présence de terrasse, etc.) et ceux de l’institution pour laquelle nous sommes ici (exigences en matière de sécurité, nombre de pièces, niveau de confort, etc.).

Victoire, après quatre mois passés à l’hôtel, nous avons donc emménagé le 1er octobre dernier.

Surprise en débarquant avec nos bagages : tout un petit monde s’affaire dans l’appartement. Alors qu’on nous avait annoncé qu’il n’y aurait plus qu’à déposer nos valises en arrivant, il s’avère que les quelques travaux et rénovations qui avaient été convenus n’ont pas été effectués. Pire, l’appartement n’a pas été nettoyé depuis la récente rénovation qu’il a subie et tout est recouvert d’une épaisse couche de poussière…

Au milieu de toute l’agitation qui règne dans et autour de l’appartement, trône une dame que l’attitude digne et respectable me fait tout de suite identifier comme la propriétaire des lieux.

L’agent qui nous a permis de dégotter cette perle d’appartement m’avait expliqué que sa propriétaire était une actrice de renommée nationale, véritable icône du cinéma birman dans années 60 et 70.

Quand je me suis renseigné auprès de mes amis birmans, ils m’ont confirmé que Daw K. T. T. avait en effet fait rêver des générations de Birmans et jouissant d’une popularité faisant d’elle LA star féminine du cinéma birman.

C’est donc face à la Catherine Deneuve locale que je me trouvais ce matin-là !

Contrairement à notre monument national, son alter ego birman ne maîtrise pas l’anglais et seuls mes rudiments de la langue locale me permettaient de communiquer un tant soit peu avec elle.

Au demeurant charmante, je ne perçois aucun aura ou charisme particulier chez cette souriante quinquagénaire. Elle ne me frappe pas non plus par une beauté hors du commun et je soupçonne que les voyages en Thaïlande dont elle me parle auront notamment été l’occasion d’un ou deux passages par le cabinet d’un des nombreux chirurgiens esthétiques officiant à Bangkok…

Le personnel de maison est souvent pléthorique dans les foyers aisées de Birmanie. Même une  famille de la classe moyenne aura en général, parfois vivant dans une annexe à la maison, une cuisinière, une femme de ménage, un jardinier et un chauffeur.

Etant donné le statut de Madame K. T. T., je suppose qu’elle emploie bien plus de personnel et que les cinq ou six personnes qui s’affairent en ce moment dans l’appartement ne représentent qu’une petite partie de son staff quotidien.

Avec une prestance que j’imagine digne de l’ancienne noblesse birmane (disparue en 1885 avec la monarchie lorsque les Britanniques ont pris le pouvoir et déporté le roi Thibaw et la reine Supayalat, derniers souverains du pays), Madame K. T. T. ne donne que peu de consignes et se borne à guider ses ouvriers qui semblent savoir ce qui est attendu d’eux.

Peu habitué à rester inactif à regarder les autres travailler (et, je le confesse, convaincu que le résultat sera plus à ma convenance si je le fais moi-même…) je profite de la disparition momentanée de la vedette pour commencer à nettoyer les placards de la cuisine.

Les coups d’œil curieux que me lançaient jusqu’ici les employés se muent alors en regards effarés, voire effrayés.

A son retour, Daw K.T. T., visiblement gênée de me voir ainsi à quatre pattes, m’enjoint de cesser immédiatement et de me reposer (Il n’est jamais que 9 heures du matin !). Je tente de lui expliquer que je préfère nettoyer que rester là assis à attendre même en sa délicieuse compagnie…

Je suis bien conscient que je la mets mal à l’aise et que je défie toutes les convenances sociales mais après vingt minutes à être planté à ses côtés à tenter de maintenir une conversation qui tourne en rond, je suis prêt à briser tous les tabous pour m’assurer qu’au moins les placards seront propres !

Manifestement embarrassée par la situation, Daw K. T. T. finit par décider de prendre un chiffon et de commencer à dépoussiérer le plan de travail de la cuisine, sous les yeux de plus en plus paniqués de ses employés.

Je ne dois toutefois pas insister trop longtemps pour la convaincre de reprendre sa place centrale à la table de la salle à manger d’où elle pourra régenter son petit monde tandis que replonge la tête dans mes placards.

J’ai hâte d’avoir l’occasion d’épater mes amis birmans en leur racontant que j’ai fait les poussières avec l’idole de leur jeunesse. Je ne suis toutefois pas sûr qu’ils me croiront…

 J’ai essayé à plusieurs reprises de prendre la vedette en photo sous prétexte d’un inventaire ou d’un état des lieux (concept inconnu ici) mais elle a généralement réussi à esquiver mes clichés. Cette photo sera donc le seul souvenir visuel de mon idylle ménagère avec une star du ciné…


jeudi 24 octobre 2013

Les derniers soubresauts de la saison des pluies 2013



Le 15 octobre revêt une importance particulière pour moi.

D’une part, c’est mon anniversaire, d’autre part, cette date est censée marquer la fin de la saison des pluies (qui a commencé en juin, coïncidant avec mon installation dans le pays).

J’ai donc décidé d’aller fêter cela dans le centre ville en achetant une peinture qui avait attiré mon attention dans une galerie quelques jours auparavant. Il s’agit d’une galerie qui expose les œuvres de jeunes artistes birmans et j’avais décrété que cette petite toile serait mon cadeau d’anniversaire à moi-même, m’improvisant ainsi mécène d’une jeune génération d’artistes ne demandant qu’à être reconnus.

Je suis donc parti sous un ciel clément, laissant à la maison le parapluie multicolore qui a accompagné chacune de mes sorties ces derniers mois. Première grave erreur.

L’orage a éclaté alors que j’étais à la galerie.

Deuxième erreur : me dire qu’il valait mieux rester à la galerie en attendant que cela passe.
Après plus d’une heure d’attente, la pluie ne montrait toujours aucun signe de vouloir se calmer, au contraire.

Comme je connais un peu le topo, je savais que dans ces cas-là les routes sont rapidement inondées, provoquant un chaos dans la circulation automobile, déjà difficile en temps normal.
J’ai donc décidé de braver le mauvais temps avant qu’il ne soit trop tard et de quitter la galerie pour éviter d’être bloqué là pour une durée indéterminée. Troisième erreur.

Il était bien sûr déjà trop tard. Les avenues du centre-ville étaient bien évidemment déjà sous eau ; les bus, pour la plupart pleins à craquer, à l’arrêt sur les îlots émergeants et les taxis pris d’assaut et circulant difficilement au milieu de gerbe d’eau sale éclaboussant les malheureux piétons cherchant en vain à trouver un abri.

C’est donc à pied que j’ai entamé mon retour vers la maison. A pied, mais certainement pas à pied sec. L’eau arrivait dans les meilleurs des cas au niveau des chevilles, souvent à mi-mollet. Il va sans dire que l’eau qui défile dans les rues à ces moments-là se gonfle de tout ce qui traîne habituellement dans les égouts à ciel ouvert qui longent toutes les rues et que les torrents improvisés se chargent de toute sorte de déchets inidentifiables et dégagent une odeur pestilentielle. J’essayais de ne pas imaginer les horreurs que je sentais caresser mes mollets au passage…

Les rues de Yangon étant parsemées de trous où les plaques de béton recouvrant les égouts ont disparu, il en va de votre survie de ne pas tomber dans un des ces pièges mortels en cas d’inondation. C’est donc avec beaucoup de précaution que j’avançais, prenant soin de toujours mettre mes pas dans ceux d’un riverain qui, je l’espérais, connaissait suffisamment l’état de la chaussée pour éviter les endroits à risque.

C’est ainsi que j’ai pu, pas à pas, arriver sur la grande avenue qui remonte vers le haut de la ville où j’habite dorénavant. Après quelques centaines de mètres, j’ai enfin pu héler un taxi miraculeusement libre, serrant dans mes bras la toile que les employés de la galerie avaient pris soin d’emballer de multiples couches de plastique quand je leur ai annoncé ma décision de braver les éléments.

 
De l'intérêt de porter un longyi plutôt qu'un pantalon..


Et des tongs qu'on peut retirer plus facilement...

Le tout en gardant toujours le sourire...

A la recherche d'un endroit immergé où installer son échoppe ambulante



Même les pieds dans l'eau, la vie continue. Les marchands vendent leurs samosas et les clients sont fidèles.

Par contre je ne comprends pas trop ce que le balayeur de rue essaie de faire...


Mais le principal est que mes hiboux soient arrivés à bon port
et trônent maintenant dans la chambre à coucher ! ;-)


mardi 22 octobre 2013

Le numéro que vous avez demandé...


La Birmanie est un pays compliqué…

Depuis que le gouvernement a décidé d’ouvrir le pays après des années d’isolement et de repli sur soi, le ‘retard’ à rattraper est abyssal.
Cela se manifeste dans de multiples aspects de la vie quotidienne.

Aujourd’hui, c’est de téléphonie qu’il sera question.
En effet, ça y est, j’ai un numéro de téléphone permanent !

Jusqu’à présent, je devais changer de numéro de téléphone (portable) chaque mois…
De fait, deux possibilités s’offraient à qui souhaitait acheter une carte SIM afin de pouvoir utiliser leur GSM.

La première option était d’acheter sur le marché parallèle une carte SIM ‘classique’ (dans le sens occidental du terme). Il s’agit alors de cartes qui avaient été attribuées par tirage au sort à des Birmans. En effet, la demande est tellement forte et les disponibilités insuffisantes qu’un système de tirage au sort a été instauré. C’est ainsi que l’on peut régulièrement lire dans la presse quotidienne qu’un tirage au sort aura lieu dans tel village de tel district du pays où 1000 cartes SIM seront mises en jeu. Libre alors aux citoyens birmans de s’inscrire à la loterie. La somme à payer est modique, mais les bénéfices potentiels énormes dans la mesure où les heureux lauréats pourront, s’ils le souhaitent, remettre leur carte SIM en vente au plus offrant.

C’est ainsi qu’il est facile de trouver à Yangon des ‘agents’ qui se sont spécialisés dans ce commerce en jouant les intermédiaires entre les vendeurs et les achteurs potentiels. Il y a environ un an, le prix de vente était d’environ 1000 dollars. Quand on sait que la grande majorité des Birmans survit avec l’équivalent de quelques dollars par mois, on comprend aisément que la tentation de revendre sa carte SIM est très grande…

Quand je suis arrivé ici en juin, le prix de la transaction tournait autour des 300$, somme que je refusais de payer pour une carte SIM (après tout, jusqu’il y a peu, je vivais très bien sans téléphone portable !).

La solution de repli était l’achat de cartes temporaires. Celles-ci coûtaient 20$ et avaient une durée de vie d’un mois à compter du jour de leur activation. C’est ainsi que chaque mois, je notifiais mes quelques contacts de mon changement de numéro de GSM. Ce système me convenait et j’étais bien déterminé à continuer à l’utiliser jusqu’à ce que le prix des cartes ‘classiques’ retombe à un prix plus ‘normal’, ce qui devrait immanquablement se produire.

Jusqu’au jour où, me rendant à la boutique où j’avais pris l’habitude d’aller chaque mois me procurer une nouvelle carte (et le nouveau numéro assorti !), on m’explique que ce type de carte n’existe plus…
Après m’être renseigné de toute part et avoir fait le tour des nombreuses boutiques susceptibles de vendre ces cartes, il a bien fallu que je me rende à l’évidence, celles-ci avaient bien disparu du paysage du jour au lendemain et sans notification préalable…

Ne restait donc plus que les cartes issues du tirage au sort.

Après quelques semaines de rébellion, je me suis incliné et ai acheté une ce ces cartes…

Heureusement, leur prix baisse régulièrement et j’ai pu en trouver une à 170$. C’était la moins chère du lot. En effet, dans un pays où la numérologie occupe un place d’honneur, il est important d’avoir un numéro de téléphone approprié ! Celui dont j’ai hérité n’offre sans doute pas, aux yeux des Birmans, une combinaison optimale. Je m’en soucie peu.

Je suis donc à présent propriétaire de la carte SIM d’une jeune Birmane, heureuse gagnante à la loterie de son village. En rachetant sa carte, j’ai bien sûr reçu le document officiel qui lui avait été remis, dûment tamponné aux endroits requis et orné de la photo de la jeune fille en question (pour chaque document on vous demande deux photos d’identité ici !).

J’ai eu de la chance, il semblerait que l’ancienne propriétaire du numéro de l’a jamais utilisé. En effet, plusieurs personnes de mon entourage qui ont dû, comme moi, avoir recours à cette méthode pour se procurer une carte de téléphone, reçoivent depuis lors régulièrement des appels ou des SMS, parfois coquins, de personnes qu’ils ne connaissent pas. Les malheureux correspondants n’auront manifestement pas été informés que la carte avait entretemps trouvé preneur sur le marché parallèle…

Ce document aura été pour moi l'occasion d'apprendre qu'il n'y avait pas (encore ?)
d'équivalent au mot 'SIM card' en birman...


Dans un prochain billet, je vous raconterai comment j'ai eu l'occasion de faire les poussières avec Catherine Deneuve (ou presque...)