vendredi 9 août 2013

Pagodes à gogo


Les pagodes sont à Yangon ce que les églises et cathédrales sont à Rome...

Elles sont partout. Et elles sont plus belles et intéressantes les unes que les autres.
Mais après en avoir visité une série, on arrive quand même à une certaine saturation.

Lors de mon séjour touristique de reconnaissance des lieux en février dernier, j'en avais visité plusieurs dont la majestueuse Shwedagon, la plus importante de toutes aux yeux des Birmans. J'y retournerai à coup sûr, tellement l'atmosphère y est particulière. J'y étais allé en milieu de journée, je pense qu'une visite au petit matin et une autre à la tombée de la nuit s'imposent. Je profiterai probablement des prochaines visites d'amis pour les y accompagner.

Je n'avais jusqu'il y a peu, pas pris la peine d'en découvrir d'autres depuis mon installation ici début juin. Il était donc grand temps que je m'y remette et c'est sur la pagode Botataung que j'ai jeté mon dévolu.

Botataung Paya est une des trois principales pagodes de Yangon, les deux autres étant Shwedagon et Sule.
Botataung n'est peut-être pas aussi impressionnante que Shwedagon et pas aussi troublante que Sule (qui fait office de rond-point en plein milieu du centre ville !) mais son histoire, la quiétude qui y règne et son architecture inhabituelle la rendent tout aussi intéressante que ses deux congénères.





A l'entrée de la  pagode, comme d'accoutumée, des vendeurs
proposent des fleurs, des paniers de fruits et autres décorations
à offrir à Bouddha






Une autre offrande appréciée: des oiseaux indigènes.
 Pour une modique somme, vous pouvez en libérer quelques-uns, ce qui allègera votre karma.
Je me demande toujours ce qu'il en est du karma des gens qui les rattraperont le soir venu pour les remettre en vente.


Une série de panneaux heureusement traduits en anglais illustrent l'histoire de Botataung depuis le périple qu'ont effectué les 1000 héros militaires qui ont escorté les reliques de Bouddha de l'Inde à la Birmanie il y a plus de 2000 ans, jusqu'à sa reconstruction après le bombardement (par les forces alliées...)  dont elle a fait les frais en novembre 1943. On a tendance à oublier que la deuxième guerre mondiale a fait des victimes ici aussi...

Car c'est en effet pour recueillir des reliques que la pagode a vu le jour. L'histoire veut ainsi que la pagode a servi d'abri pendant six mois à huit mèches de cheveux de Bouddha avant que celles-ci ne soient distribuées aux quatre coins du pays.

Les travaux de reconstruction d'après-guerre auront miraculeusement permis de retrouver un petit cylindre d'or contenant des reliques et un mèche de cheveux ayant appartenu à Bouddha et conservé jusqu'à ce jour dans la stupa de la pagode.

Comme la plupart des pagodes que j'ai visitées jusqu'à présent, l'agencement de la Botataung Paya consiste en un stûpa (zedi) au milieu d'une esplanade. Tout autour de l'esplanade, des temples plus ou moins grands, des statues et autels, des espaces de méditation, etc.



Entré sur l'esplanade, j'entreprends de faire le tour du stûpa. C'est en marchant prudemment à pieds nus sur le sol mouillé de l'esplanade que je pénètre dans un large hall où siège un Bouddha de bronze doré. Celui-ci date de l'époque du roi Mindon (au milieu du 19ème siècle) et a connu une histoire mouvementée. Il a ainsi notamment été exilé à Londres du temps de la colonisation avant d'être rendu à la Birmanie en 1951 et d'être placé ici.

Les habituelles scènes de dévotion, mais aussi de vie quotidienne, se déroulent ici comme dans tous les lieux de
cultes que j'ai eu l'occasion de visiter (voir http://cedricenbirmanie.blogspot.com/2013_04_01_archive.html)


Comme souvent dans les pagodes et autres lieux de cultes, les statues sont entourées de lampes Led clignotantes,
la Birmanie n'ayant malheureusement pas échappé au mauvais goût chinois qui a contaminé une grande partie de l'Asie...

Je ressors du temple et continue ma progression autour du stûpa. J'entre dans une sorte de galerie, attiré par un groupe de visiteurs riant de bon coeur. Je m'approche et découvre une attraction qui semble plaire à la famille de passage. Une table décorée d'une reproduction de pagode entourée de bols à aumône est montée sur un mécanisme motorisé la faisant tourner sur elle-même. Un comptoir situé sur le côté permet d'acheter des billets de banque qui ont été soigneusement pliés (pour 1000 kyats, soit environ 1$, vous recevez 20 billets de 50 kyats repliés de manière à se présenter sous la forme de petits triangles de la taille d'une pièce de monnaie). Le but du jeu est bien sûr de viser les récipients dans leur rotation. Un petit air de kermesse qui ravit enfants et adultes présents.




Tout le monde se prend au jeu...

Le reste de la galerie est orné de statues de boddhisattva enfermées dans des présentoirs de bois et de verre dans lesquels les visiteurs viennent glisser des billets de banque en guise d'offrande.





Après avoir longé toute la galerie, j'arrive à un oratoire composé d'autels dédiés à trois nats. Le culte animiste des nats provient d'Inde et cohabite ici en toute harmonie avec le bouddhisme. Le culte des nats, très visible en Birmanie, consiste à se concilier les esprits par des donations et des sacrifices. Il existe une multitude de nats dans la mesure où selon cette croyance, tout être, vivant ou non, est animé par un esprit. 
Il existe des nats supérieurs et des nats inférieurs, des nats gentils et d'autres qui s'emploient à embêter les vivants...

Parmi les trois nats honorés ici, l'un d'eux serait le nat de l'apprentissage et de la musique, particulièrement vénéré par les étudiants en période d'examen...

Un nat particulièrement bien logé et nourri

Après avoir, à toutes fins utiles, témoigné de mon respect aux trois nats, je m'engage sur une passerelle de bois colorée où semble régner une certaine animation. Celle-ci surplombe un grand étang à l'eau boueuse d'où surgit la tête de nombreuses tortues venues se nourrir des feuilles que les visiteurs peuvent acheter à l'entrée de la passerelle. 


Les tortues viennent happer les feuilles qu'on leur lance



J'arrive enfin à l'entrée du stûpa. Car contrairement à la plupart des stûpas, celui de la pagode Botataung est creux et l'on peut y pénétrer.


L'entrée du stûpa
L'intérieur du stûpa est une sorte de labyrinthe aux parois plaquées de feuilles d'or et d'autres surfaces brillantes. Un parcours en dents de scie permet d'en faire le tour et de découvrir les vitrines poussiéreuses pleines d'un bric-à-brac de statuettes de bouddha et autres objets apparemment retrouvés lors de la reconstruction de la pagode. De temps en temps, on se retrouve en face d'un moine en train de méditer dans un des recoins miroitants du labyrinthe.


Je n'ai pas osé  prendre de photo d'un moine assis dans un de ces recoins
 C'est finalement la fameuse relique que l'on découvre derrière une paroi de verre dont des interstices judicieusement placés permettent aux visiteurs de glisser des billets en guise d'offrandes.



J'ai donc gardé l'attrait principal de la pagode Botataung pour la fin et pu me rendre compte que les Bouddhistes aussi vénèrent des reliques. Un phénomène qui m'a toujours paru bizarre dans la religion catholique, toutes ces phalanges, ces dents, ces morceaux d'os qui sont conservés et exposés dans des centaines de reliquaires dispersés dans les églises d'Europe. D'où vient ce besoin assez morbide de vouloir à tout prix garder des fragments de ceux que l'on choisit de déifier et d'adorer ?

C'est sur cette réflexion que je referme la porte de la pagode derrière moi...




D'autres photos de Botataung sont disponible sur la page facebook du blog https://www.facebook.com/CedricEnBirmanie.
La visite d'une autre pagode, également réceptacle d'une relique, fera d'ici peu l'objet d'un mini-reportage photo.

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